Blesle (Haute-Loire)

septembre 2010
50 chantiers - 650 kilos de peinture - 90 participants

Mobilisation pour qu'un village médiéval de Haute-Loire retrouve ses couleurs en une journée !

L'opération baptisée « Couleurs locales » fait rimer protection du patrimoine, écologie, économie et fête de village. Exemple à Blesle.

Vers dix heures, sous la vénérable halle de Blesle (Haute-Loire), il règne comme une curieuse ambiance de bateleurs de foire. À terre, plusieurs rangées de pinceaux attendent preneurs. « D’abord, enfilez les tee-shirts de l’opération "Couleurs locales". Ensuite, des gens vont vous guider sur les chantiers, afin que vous peigniez bien les bonnes portes ! », lance le maire de Blesle, Pascal Gibelin, aux bénévoles qui peu à peu envahissent sa commune qui jouit du label décerné par l’association des Plus beaux villages de France.

Ce samedi est destiné à rester gravé dans sa mémoire… ainsi que sur de nombreuses huisseries externes en bois du bourg. Car ce samedi, ils ont décidé de repeindre leur village médiéval ! Pardon ? Ce n’est ni une blague, ni une opération de grand magasin de bricolage grandeur nature : aujourd’hui a lieu la follement sage opération « Couleurs locales ».

« Rassurez-vous, nous ne sommes pas une équipe de tagueurs, confirme son inventeur, Félicien Carli. Directeur au CAUE de la Côte-d’Or (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement), cet homme au malicieux regard vif est aussi le fondateur de Terres et couleurs. « Notre association, reprend-il, a pour but de faire connaître les terres colorantes (ocre, terre d’ombre, terre verte…) afin de relancer l’utilisation de ces pigments naturels minéraux dans le bâtiment, la décoration, l’industrie, l’art… Depuis 2006, nous avons déjà convaincu les élus et les habitants de douze villages bourguignons de repeindre leurs huisseries anciennes (fenêtres, poutres, portes de grange…) avec une peinture naturelle artisanale à base d’ocre. Sa vertu première est de protéger le bois, en le rendant imputrescible. Elle présente aussi l’avantage d’être non-toxique, elle résiste aux ultra-violets et dure environ dix ans ». Dernier argument de poids : elle est économique ! « Pour Blesle, calcule Félicien Carli, nous avons fabriqué dans les 600 kilos de peinture. Le village va donc être repeint pour quelques 300 euros ! »

La grande magie de cette opération, baptisée « Couleurs locales », c’est qu’elle conjugue sérieux et convivialité. Jacques Porte, architecte des Bâtiments de France de la Haute-Loire, a validé le choix des couleurs. Le diagnostic a été établi en repérant les anciennes traces d’ocre laissées sur les portes, authentifiant ainsi le retour aux couleurs du terroir de jadis…

« Ce sont des techniques que les gens utilisaient autrefois, certifie également Aurore Jarry, guide conférencière. J’en parle dans mes visites. Tout le monde est invité aujourd’hui à passer de la théorie à la pratique ! » Pinceau en main, elle fait en effet partie des 120 personnes (propriétaires et bénévoles mélangés) qui se sont portées volontaires pour redonner des couleurs à Blesle.

Progressivement, les ruelles du bourg historique sont envahies par un joyeux peuple de peintres au travail. Un arrêt au hasard, rue de la Rodde. Dominique, épaulée par trois bénévoles de « Terres et Couleurs » (originaires de Paris et de Semur-en-Auxois) est en train d’y repeindre activement un volet de la maison de son grand-père : « Sans leur aide, reconnaît-elle, ce serait resté en mauvais état encore longtemps. Je n’avais pas le temps de m’en occuper toute seule… ». Yvette, une mamie de 83 ans, approuve en spectatrice : « J’habite Blesle depuis 1951… et j’ai toujours vu ces tristes volets ! Toutes ces couleurs vont égayer mes promenades quotidiennes au sein du bourg ». Quelques pas plus loin, Fanou et Serge sont en train de s’occuper de la porte de leur voisine, Sylvie : « Elle nous a confié cette mission, car elle ne réside ici que durant l’été, commentent-ils. Il faut se serrer les coudes quand il se passe quelque chose au village. Il y aura peut-être bien des gens pour critiquer, mais tant pis… ».

« C’est une superbe mise en valeur du village », juge pour sa part Philippe Gilibert, de l’association des Amis du vieux Blesle. « Afin de remercier toutes les personnes qui nous ont aidés à appliquer quatre couches de peinture durant la journée, notre mairie leur offre un cochon à manger, précise Pascal Gibelin. J’ai épluché des pommes de terre, hier, durant plusieurs heures ! » Une animation musicale ainsi qu’un cocktail étaient également au programme de cet événement consensuel, véritable fête du patrimoine. Lors d’une de ses opérations précédentes en Bourgogne, l’association a été filmée par l’équipe « des Racines et des Ailes ». Leur reportage télévisé sera diffusé en fin d’année. Une consécration, assurément méritée !

La Montagne
13/09/2010
Chantal Béraud

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